L’innovation musicale se nourrit parfois de recyclage, souvent de poésie et d’audace. C’est précisément à la croisée de l’ingénierie artisanale et de l’expérimentation sonore qu’est née l’Auduberthe, une contrebasse motorisée à roue. Conçue et développée par le musicien, et luthier sauvage nantais Anthony Taillard au sein du Studio d’en Haut, cette création bouscule notre rapport traditionnel aux instruments à cordes frottées et ouvre un champ d’exploration dronique.
Une vielle à roue géante née d’un sauvetage poétique
L’histoire de l’Auduberthe commence par la récupération d’une contrebasse acoustique brisée, ayant appartenu à un certain P. Audubert (d’où le nom de baptême de l’instrument, l’Auduberthe). Au lieu de restaurer l’instrument de manière académique, Anthony Taillard a choisi de le réinventer totalement en greffant un dispositif motorisé sur son corps.
Inspiré par le mécanisme ancestral de la vielle à roue, l’instrument remplace l’action classique de l’archet par une roue en bois en rotation continue entraînée par un moteur électrique. Ce frottement mécanique constant excite les cordes et permet de maintenir des vibrations infinies.
Cette dispositif libère le musicien du geste traditionnel de la manivelle, lui permettant de se concentrer pleinement sur le manche pour moduler les hauteurs de notes, appliquer des pressions et modifier la vitesse de rotation de la roue afin de sculpter le timbre.

Esthétique sonore : bourdons, drones et temps étiré
L’Auduberthe propose une fusion entre le contrôle mécanique et la sensibilité humaine. En éliminant l’attaque classique de l’archet ou le pincement des cordes, elle permet d’étirer le temps musical de manière quasi infinie. L’instrument excelle dans la création de puissants bourdons, de textures graves massives et de résonances harmoniques enveloppantes.
Les textures sonores produites, à la fois rugueuses, boisées et industrielles, invitent à une écoute physique des battements acoustiques. Ce travail de recherche autour de la continuité sonore s’inscrit dans les esthétiques des musiques expérimentales, improvisées, minimalistes et bruitistes.


De l’orchestre Bobbyland à la performance solo
Développée au cœur du Studio d’en Haut, l’Auduberthe a d’abord été conçue pour intégrer Bobbyland, un orchestre d’automates sonores et d’instruments insolites pilotés informatiquement. Par la suite, l’instrument s’est émancipé pour devenir une performance solo pour Anthony Taillard, qui l’associe à des dispositifs électroniques de traitement du son.
L’Auduberthe incarne la philosophie de la « nouvelle lutherie » : démystifier la technologie, valoriser le faire soi-même (DIY / lutherie sauvage).
Retour sur la présentation officielle à l’Atelier Cassin
En janvier 2023, le public a été invité à découvrir et ressentir les vibrations physiques de l’Auduberthe lors d’une rencontre conviviale à l’Atelier Cassin. Cet événement officiel a permis de présenter l’instrument en action, suivi de discussions passionnées avec son concepteur, Anthony Taillard, autour de cette démarche combinant lutherie sauvage et création musicale.
L’Auduberth a été présenté en avant-première au Pannonica à Nantes, avant un concert de David Grubbs.

Annoncé et attendu depuis de longs mois dans les cercles de la musique expérimentale nantaise, le moment est enfin venu de présenter officiellement le dernier-né de l’atelier de recherche du Studio d’en Haut : l’Auduberthe. Conçu et façonné par le musicien et luthier sauvage Anthony Taillard, cet instrument hors normes bouscule notre rapport aux instruments traditionnels à cordes frottées.
Le Studio d’en Haut vous invite à découvrir cette œuvre singulière, à la croisée de l’ingénierie mécanique artisanale et de l’invention musicale pure.
Quand la mécanique rencontre la lutherie expérimentale
L’Auduberthe est le fruit d’un travail patient de détournement et de réinvention. Il s’agit à l’origine d’une contrebasse acoustique endommagée, métamorphosée en une vielle à roue motorisée géante. L’instrument fonctionne sur le principe ancestral de la vielle, où une roue en rotation vient frotter les cordes pour produire un son continu, mais avec un apport technologique moderne : la motorisation de la roue.
Cette innovation permet de libérer le musicien du mouvement de manivelle traditionnel, lui permettant de se concentrer pleinement sur le jeu de pression, le filtrage acoustique et le travail harmonique directement sur le manche et le corps de l’instrument. Développée au sein des ateliers du Studio d’en Haut, notamment pour nourrir le dispositif de l’orchestre d’automates Bobbyland, cette création propose une recherche profonde autour de la continuité sonore, des dynamiques microtonales et des textures droniques (bourdons).
Une exploration infinie du temps musical
En éliminant la nécessité de l’attaque à l’archet ou du pincement des cordes (pizzicato), l’Auduberthe ouvre un champ d’exploration inédit du temps musical. Elle permet d’étirer les durées de manière quasi infinie, créant des vagues de fréquences graves et de résonances harmoniques qui enveloppent littéralement l’auditeur.
Les textures produites, à la fois rugueuses et chaleureuses, rappellent la puissance industrielle tout en conservant le grain boisé et vibrant de la contrebasse d’origine. C’est une invitation à ralentir, à écouter les battements physiques des fréquences graves et à repousser les limites physiques de l’espace acoustique.
La soirée de présentation officielle se prolongera par un échange convivial autour d’un verre à l’atelier Cassin (Nantes), l’occasion de partager vos impressions et de discuter avec le concepteur de cette expérience sonore et physique singulière.
Informations pratiques
Date : 18 janvier 2023
Lieu : Studio d’en Haut – Atelier Cassin, Avenue du Bout des Landes, Nantes