Le compositeur et preneur de son Thomas Tilly, figure incontournable de l’art acousmatique français et collaborateur régulier du Studio d’en Haut, a présenté sa création intitulée « Les Asymptotes » : une suite de cinq miniatures acousmatiques commandée et diffusée dans l’émission de référence « Création Mondiale » d’Anne Montaron sur France Musique.
Cette œuvre propose un voyage sonore troublant à la lisière du vivant, interrogeant notre perception des sons de la nature et de l’électronique. Découvrez l’écoute intégrale du podcast ci-dessous :
Le processus de création & friction sonore
Le socle des Asymptotes repose sur des enregistrements de terrain (field recordings) méticuleux réalisés par le musicien en plusieurs endroits en France, à la frontière poreuse entre zones urbaines et milieux naturels. Thomas Tilly s’attache à grossir les plans de ces paysages, capturant des bruissements de feuilles, des souffles d’air et des stridulations d’insectes dans lesquels il discerne d’emblée une forme de synthèse sonore inhérente à la nature.
Plutôt que de laisser ces prises exister sous forme de simples pièces documentaires, le compositeur a ressenti le besoin de les hybrider. Lors d’une résidence artistique au sein de l’INA GRM en mars 2021, il a passé plusieurs heures sur le mythique synthétiseur analogique modulaire Serge pour enregistrer des sonorités électroniques pures. Il les a ensuite patiemment « cousues » dans ses enregistrements environnementaux, noyant ou au contraire soulignant le caractère synthétique de la nature.
« Les instruments acoustiques cherchent souvent à se rapprocher de l’électronique. Les manipulateurs d’électronique cherchent avec leurs outils à se rapprocher de l’organique. En tant que preneur de son sur le terrain, j’actionne les micros pour chercher de l’électronique dans l’organisme du terrain. Ce qui m’intéresse, c’est le frottement entre l’organique et l’électronique. »
Thomas Tilly
Comme toute pièce acousmatique, Les Asymptotes sont nées de temporalités étirées : la captation initiale in situ, la lente décantation nécessaire pour laisser le matériau sonore mûrir, puis le travail minutieux d’hybridation et de mixage en studio. Une écoute immersive de 30 minutes qui brouille magnifiquement les frontières entre le biologique et le synthétique.