D’une durée de 48 minutes d’une intensité physique et spirituelle rare, ce disque s’impose comme une œuvre monumentale, mêlant traditions séculaires d’Asie du Sud-Est et esthétiques contemporaines. À travers l’utilisation conjointe de gamelans javanais de bronze, de percussions en métal et en bois, de batteries et de cordes pincées, l’ensemble crée une architecture sonore complexe et électrisante.

Spilla
Une traversée rythmique entre transe traditionnelle javanaise et avant-garde percussive
Une traversée rythmique entre tension et méditation
L’album s’ouvre sur deux pièces contrastées qui agissent comme un véritable manifeste esthétique :
Gerak Maju : L’auditeur est immédiatement plongé dans un univers rythmique haché où la caisse claire dialogue avec des métaux aux résonances cristallines. On y décèle une relecture fascinante des structures du gamelan traditionnel, où les gongs profonds marquent le temps tandis qu’un breakbeat moderne fragmente l’espace, rappelant l’énergie brute de l’IDM et des musiques électroniques contemporaines.
Strollabout : À l’opposé, ce morceau propose une immersion méditative, un voyage hypnotique porté par des motifs répétitifs joués sur des gongs de diverses origines — chinoises, javanaises et vietnamiennes — offrant une respiration nécessaire et immersive.
Au fil des sept morceaux suivants, dont la durée s’étire parfois jusqu’à douze minutes, l’Ensemble Nist-Nah déploie une richesse de textures et de timbres impressionnante. Ghostly Klang illustre parfaitement cette maîtrise : deux batteries s’y répondent en miroir, créant un jeu stéréo vertigineux qui évoque les expérimentations électriques de Miles Davis sur On the Corner. Les rythmes de charleston, empruntant parfois de manière subtile aux codes du trap, s’entremêlent à des mélodies lentes et majestueuses, enrichies par des détails boisés et des frottements de cymbales qui confèrent au morceau une aura presque mystique.
Roscoe Mitchell réinventé : le sommet contemplatif
Le point culminant de l’album est sans doute la réinterprétation magistrale de Uncle du compositeur de jazz contemporain Roscoe Mitchell (Art Ensemble of Chicago). Là où le groupe américain transformait cette mélodie funèbre en un brasier d’improvisations incandescentes sur son album Urban Bushmen, l’Ensemble Nist-Nah choisit la voie de la contemplation pure. Le morceau final devient une fresque sonore immobile et monumentale, un dialogue tendu entre l’unisson des notes métalliques et un nuage en expansion fait de cymbales frottées et d’harmoniques de gongs, concluant l’album dans une apothéose de sérénité et de puissance contenue.
« SPILLA » n’est pas seulement un disque de percussions ; c’est une expérience physique et acoustique immersive qui redéfinit notre rapport au rythme, à la transe et au timbre.
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